Pour cette interview, on a pris le temps de revenir avec WARKUNT sur ce qui fait aujourd’hui l’identité du groupe, sur son évolution depuis Of Ruins and Agony jusqu’à Cyclonic Abyss, et sur la manière dont le nouveau line-up a naturellement ouvert la porte à des influences plus sombres, plus techniques et parfois franchement inattendues.
On parle composition, changements de membres, black et post-black, travail collectif, rapport au live et à cette violence très physique que Loïc cherche à transmettre sur scène. Guillermo nous emmène aussi du côté du jazz, du chaos cosmique et du vide infini de l’univers, preuve qu’une interview death metal peut très vite quitter la salle de répète pour dériver quelque part entre une jam session et un trou noir.
Et comme on ne pouvait évidemment pas les laisser repartir tranquillement, notre +1 Studio 42 les a obligés à devenir, le temps d’une question, les représentants officiels de l’humanité face à une civilisation extraterrestre.
Autant dire qu’on ne garantit rien pour l’avenir de la planète.
1. Pour quelqu’un qui tombe sur WARKUNT aujourd’hui sans avoir la moindre idée de ce qui l’attend : comment vous lui présentez le groupe sans utiliser une liste de sous-genres longue comme un solo de prog ? Qu’est-ce qui fait vraiment votre identité selon vous ?
Loïc :
Eh bien, je lui dirais simplement : death metal.
Pour les particularités, je préfère laisser chacun juger par lui-même. Nous avons tous une perception et une appréciation uniques de la musique, et de l’art en général.
Je rajouterais peut-être qu’il y a des morceaux qui sonnent davantage old school, surtout sur le premier album, Of Ruins and Agony, tandis que le dernier, Cyclonic Abyss, est un peu plus moderne et plus ouvert.
2. Maintenant qu’on a fait les présentations, remontons un peu à la source : qu’est-ce qui vous a donné envie de monter WARKUNT au départ, et est-ce que le groupe que vous êtes devenus ressemble encore à celui que vous aviez en tête au tout début ?
Loïc :
Au départ, l’amour de cette musique, tout simplement. On avait envie de pratiquer ce qu’on prenait nous-mêmes plaisir à écouter chez d’autres groupes.
Pour ce qui est de l’évolution, il y a eu pas mal de changements entre le premier et le deuxième album. D’abord à cause d’un changement de line-up, puisque Laurent et moi sommes aujourd’hui les seuls membres restants du line-up original. Forcément, cela influence beaucoup les compositions.
Il y avait aussi une envie de nous ouvrir vers d’autres styles qui nous parlent, avec des passages qui sonnent parfois davantage black ou post-black, ainsi qu’une technicité plus importante à la guitare, notamment depuis l’arrivée de Guillermo dans le groupe.
Donc, pour répondre à ta question, le squelette de notre musique est toujours le même. En revanche, tout ce qui l’enrobe a beaucoup évolué.
3. Tu dis que le squelette de WARKUNT est resté le même, mais que tout ce qui l’enrobe a beaucoup évolué avec le nouveau line-up. Quand vous composez aujourd’hui, comment ça se passe concrètement ? Chacun arrive avec ses influences et vous voyez jusqu’où vous pouvez les emmener sans perdre ce fameux squelette death metal, ou vous avez déjà une idée assez précise de ce qu’un morceau de WARKUNT doit rester ?
Laurent :
En général, la composition commence un peu en amont, en dehors des répétitions. Guillermo, Amir et moi travaillons sur les riffs, l’idée générale et la direction de la composition.
Une fois que la structure est mise en place, on réalise une maquette, on l’écoute autant que possible et on ajuste l’ensemble.
Puis vient la phase où l’on commence réellement à jouer le morceau en répétition. C’est là que la magie opère, parce qu’il est finalement très rare que nous ne soyons pas d’accord sur un choix artistique. À la limite, on va modifier une structure, mais je n’ai pas souvenir d’un désaccord total.
On sait vraiment où l’on va, et ça, c’est franchement reposant.
4. Entre Of Ruins and Agony et Cyclonic Abyss, vous avez laissé entrer davantage de black, de post-black et de technicité dans votre musique. Est-ce que cette ouverture est arrivée naturellement avec les nouveaux membres ou est-ce qu’il y avait aussi une volonté consciente de vous surprendre vous-mêmes et d’éviter de refaire simplement un « premier album, mais en plus propre » ?
Guillermo :
De mon côté, quand je suis arrivé dans WARKUNT, j’ai beaucoup écouté Of Ruins and Agony. Je voulais vraiment m’imprégner de ce que le groupe avait déjà construit, et cet album m’a beaucoup inspiré au moment de commencer à composer pour Cyclonic Abyss.
J’ai aussi naturellement un côté assez sombre dans ma façon de composer. Je n’écoute pas énormément de black metal aujourd’hui, mais c’est une musique que j’ai beaucoup jouée et composée par le passé, notamment au Mexique, où j’avais un groupe de black metal. Du coup, même sans forcément le chercher, j’ai souvent des riffs très sombres, parfois clairement black ou post-black, qui me viennent assez naturellement.
En discutant et en travaillant avec Laurent, on s’est très vite rendu compte qu’on était sur la même longueur d’onde à ce niveau-là. Je pense qu’il avait déjà cette envie d’explorer davantage ce côté sombre avant mon arrivée, et le fait que j’arrive avec mes propres idées et ce bagage-là a simplement permis de pousser cette direction encore un peu plus loin.
Laurent avait déjà certains riffs et certaines idées, j’avais les miens, et tout s’est mélangé très facilement. C’est quelque chose que j’apprécie beaucoup dans notre façon de composer ensemble : musicalement, on se comprend assez vite.
Donc oui, cette ouverture vers le black et le post-black était aussi une vraie volonté de notre part. Ces riffs et ces ambiances ne sont pas arrivés là par hasard. On avait envie d’aller chercher ce côté-là et de l’intégrer davantage à WARKUNT, tout en gardant des riffs très lourds, très heavy, et cette base death metal qui reste essentielle dans notre musique.
Au final, je pense que c’est justement ce mélange entre la brutalité du death metal, les riffs très lourds et ces passages plus sombres, black ou post-black, qui donne une partie de son identité à Cyclonic Abyss.
5. Puisque tu refuses très sagement de nous faire une liste interminable de sous-genres et que tu laisses chacun juger votre musique par lui-même, on va évidemment respecter ça… presque. 😂 Si chaque membre de WARKUNT devait ajouter UNE influence totalement improbable dans le prochain morceau, sans que les autres aient le droit de l’en empêcher, laquelle aurait le plus de chances de transformer la répétition en incident diplomatique ?
Guillermo :
Personnellement, le jazz fait vraiment partie de mon univers. J’en ai étudié et c’est une musique que j’ai toujours beaucoup aimée. Donc l’idée de voir apparaître un jour une petite influence jazz au milieu d’un morceau de WARKUNT ne serait finalement peut-être pas si improbable que ça !
Mais si je dois vraiment choisir une influence improbable, j’irais peut-être encore plus loin.
Une de mes grandes sources d’inspiration, c’est aussi le bruit cosmique du chaos, le silence éternel du macrocosme et du microcosme, le vide, l’infini… Ce genre de choses qui n’est même plus vraiment un style musical.
Alors peut-être qu’un jour je vais arriver en répétition en disant :
« Les gars, sur cette partie, il faut qu’on entende le vide infini de l’univers. »
Et là, oui… je pense qu’on pourra officiellement parler d’incident diplomatique. 😂
6. On a beaucoup parlé de ce qui se passe dans vos morceaux, mais WARKUNT, c’est aussi un groupe qui doit les faire vivre sur scène. Avec des compositions devenues plus techniques, plus sombres et parfois plus atmosphériques, est-ce que votre manière d’aborder le live a changé elle aussi ? Qu’est-ce que vous voulez que quelqu’un qui découvre WARKUNT sur scène ressente en repartant, au-delà du simple « putain, c’était violent » ?
Loïc :
Pour ma part, non, rien n’a vraiment changé en live entre Of Ruins and Agony et Cyclonic Abyss. J’essaie toujours de faire en sorte que ce soit nerveux, violent.
Ce n’est pas toujours évident de reprendre son souffle. Parfois, j’ai presque la sensation de devoir gerber entre deux passages qui demandent beaucoup de souffle et de cardio. Mais c’est bien, parce que j’envoie de la violence, et les limites naturelles de mon corps me la renvoient.
C’est une lutte. Exactement ce dont parlent mes lyrics, finalement : une lutte constante entre moi et moi-même. À la fin du concert, je suis en nage.
Pour ce qui est de l’impression de quelqu’un qui viendrait nous voir en live pour la première fois, s’il ou elle repart en se disant : « Putain, c’était violent », alors je suis satisfait. Je n’en demande pas plus. Ça veut dire que le défi est réussi. Tout le reste, c’est du bonus.
Un des retours qui m’a le plus fait plaisir, c’était après un concert à Kehl, en Allemagne, vers 2019 je crois. Une personne qui ne connaissait pas WARKUNT m’a dit que notre prestation avait été très intense émotionnellement et que notre set l’avait touchée.
Ça, ça fait encore plus plaisir, parce que cette personne ne s’était pas arrêtée à l’agression sonore, au « mur de son ». Elle avait réussi à aller au-delà et à capter la profondeur et l’émotion.
Ce n’est pas forcément évident à saisir en live dès la première écoute, surtout pour un groupe de death metal. Ce retour m’avait particulièrement touché.
+1 STUDIO 42
Demain, une civilisation extraterrestre débarque sur Terre. Elle ne connaît absolument rien à l’humanité et, pour une raison qui nous échappe, elle décide que WARKUNT sera son unique référence pour comprendre notre espèce.
Vous avez droit à UN morceau du groupe, UN objet terrestre et UNE phrase avant qu’ils repartent faire leur rapport sur nous au reste de l’univers.
Vous choisissez quoi ?
Attention : si la Terre est détruite à la suite de votre réponse, Studio 42 déclinera toute responsabilité.
Réponse :
C’est déjà un choix un peu risqué parce que, soyons honnêtes, si WARKUNT devient leur seule référence pour comprendre l’humanité, notre premier contact commence assez mal.
Beaucoup de nos morceaux parlent justement de ce qu’il y a de plus sombre chez l’être humain : la haine, la souffrance, les frustrations, les gens qui crachent leur venin derrière ton dos, nos propres démons… WARKUNT, pour moi, c’est un peu un catalyseur de tout ce qu’on accumule et de tout ce qui peut nous ronger. On le transforme en musique pour éviter de le garder à l’intérieur.
S’il faut vraiment choisir un morceau, je prendrais Surfacing Cyclonic Abyss.
Pour moi, il va un peu plus loin. Il y a l’abysse, la souffrance, tout ce poids que l’on peut traîner avec nous, mais aussi l’idée qu’à un moment il faut remonter à la surface. Pas oublier ce qu’on a vécu ni faire comme si ça n’existait pas, simplement accepter que cela fait partie de nous, continuer à vivre avec et trouver le moyen de sortir de nos propres abysses.
Comme objet, je leur donnerais une guitare.
Parce qu’avec exactement le même objet, tu peux faire un death metal ultra violent et chaotique, puis, quelques secondes après, quelque chose de magnifique, calme et mélodique. Finalement, c’est peut-être une assez bonne représentation de l’humanité : avec les mêmes mains, on est capables de créer le chaos ou quelque chose de beau.
Et avant qu’ils repartent, je leur dirais :
« On est probablement une espèce condamnée à l’anéantissement, mais ne vous donnez pas cette peine : vu notre talent pour l’autodestruction, on finira sûrement le travail nous-mêmes. Laissez-nous juste deux ou trois albums de plus et une tournée au Mexique avant que Terminator termine le boulot… et s’il échoue, vous pourrez toujours vous en charger. »

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