ARTIST FILE #012 WARKUNT : DU DEATH METAL, DES RIFFS QUI SENTENT LA TERRE RETOURNÉE ET DES GARS QUI ONT L’AIR BEAUCOUP TROP CONTENTS D’ÊTRE LÀ

Il y a quelque chose de profondément rassurant chez Warkunt. Pas au sens où leur musique donnerait envie de s’enrouler dans un plaid avec une tisane, soyons sérieux deux minutes, mais parce qu’ils donnent cette impression très nette de savoir exactement pourquoi ils font du death metal et de ne pas avoir l’intention de compliquer inutilement l’affaire.

Warkunt est né à Strasbourg en 2016, avec l’envie revendiquée de jouer un death metal intense, agressif, sombre, travaillé et surtout sincère. Le groupe cite clairement ses racines dans la première vague californienne puis dans le death suédois, ce qui donne déjà une idée assez précise du programme : ici, les guitares n’ont pas été recrutées pour faire de la décoration intérieure. 

Dix ans plus tard, la formation actuelle réunit Amaury à la batterie, Amir à la basse, Guillermo et Laurent aux guitares, ainsi que Wargy au chant. Et lorsqu’on regarde leur parcours, on retrouve exactement ce que leur musique raconte : du temps passé à construire, à jouer, à traverser les frontières et à faire évoluer leur son sans renier ce qui leur a donné envie de monter le groupe au départ. 

Il faut dire que chez Warkunt, le mot « old school » n’a rien d’un accessoire vintage posé dans la bio pour rassurer les amateurs de patches cousus à la main.

On parle d’une vraie filiation.

STRASBOURG, 2016 : PERSONNE N’AVAIT DEMANDÉ PLUS DE DEATH METAL, ILS EN ONT FAIT QUAND MÊME

La première démo arrive en 2017, avant que le groupe commence à multiplier les concerts dans le Grand Est et au-delà des frontières françaises. En 2018, Warkunt sort Of Ruins And Agony, huit morceaux dont les titres donnent déjà une idée assez honnête de l’ambiance générale : Into My Hell, Struggling With Insanity, Destructive Velocity, Gestating Rancor ou encore Dark Days To Come. 

Autrement dit, il ne s’agissait visiblement pas d’écrire un concept-album sur la cueillette des mirabelles.

Ce premier disque pose une base très claire : des riffs lourds, une énergie frontale et cette volonté de rester ancré dans un death metal qui possède du grain et du relief plutôt que de courir après la production la plus clinique possible.

Ce qui est intéressant, c’est que Warkunt ne semble jamais avoir considéré ses influences comme un musée. Le groupe aime le vieux death metal, assume parfaitement cet héritage, mais ne cherche pas à fabriquer artificiellement une capsule temporelle de 1992.

Laurent résumait d’ailleurs très bien leur intention dans une interview publiée en mars 2026 : dès le départ, l’idée était de créer une musique agressive et viscérale, mais avec des ambiances, des détails et des riffs capables de rester en tête. 

C’est probablement ce dernier point qui fait une grande partie de la différence.

Parce que faire du death metal violent n’est pas particulièrement compliqué à comprendre comme objectif.

Faire en sorte qu’on ait envie d’y revenir, c’est une autre histoire.

DES RIFFS AVANT LES ÉTIQUETTES

À l’écoute de Warkunt, on comprend rapidement que le groupe aime profondément la matière même du death metal.

Les guitares occupent énormément d’espace, mais elles ne fonctionnent pas uniquement comme une masse sonore compacte. Il y a du mouvement, des variations et surtout une vraie attention portée au riff, ce petit animal bizarre capable de faire hocher la tête à un être humain parfaitement calme quinze secondes auparavant.

Guillermo et Laurent construisent ainsi une bonne partie de l’identité du groupe à travers des parties qui alternent entre lourdeur, vélocité et passages plus atmosphériques, tandis qu’Amir à la basse et Amaury derrière les fûts empêchent l’ensemble de devenir une simple succession de murs de guitares.

Et devant, Wargy possède le genre de voix qui ne semble pas particulièrement intéressée par les conversations de proximité.

Le chant s’inscrit pleinement dans cette tradition death, avec une présence massive qui donne aux morceaux leur brutalité sans étouffer complètement le travail instrumental derrière.

C’est important, parce que la tentation existe toujours dans le metal extrême d’empiler les couches jusqu’à ce que tout ressemble à une bétonnière remplie de gravier lancée dans un escalier.

Warkunt sait rester violent tout en gardant suffisamment d’air entre les instruments pour que l’on entende réellement ce qu’ils font.

OF RUINS AND AGONY : LE PREMIER VRAI COUP DE MASSE

Sorti en novembre 2018, Of Ruins And Agony comporte huit titres et constitue le premier gros jalon discographique de Warkunt. 

On y trouve déjà les éléments qui vont rester importants par la suite : une grosse assise rythmique, des guitares très présentes et un death metal qui préfère avancer droit devant plutôt que passer son temps à contempler sa propre complexité.

L’album possède également cette qualité assez essentielle dans le genre : il ne donne pas l’impression d’avoir été pensé pour cocher toutes les cases d’une époque précise.

Il y a évidemment des références que les amateurs reconnaîtront, mais elles sont digérées suffisamment naturellement pour que l’ensemble garde une personnalité propre.

Cela compte d’autant plus que le death metal old school connaît depuis plusieurs années un regain énorme, avec quantité de groupes capables de reproduire impeccablement les sonorités d’une époque.

Warkunt ne semble pas chercher à gagner le concours du disque qui aurait pu sortir en 1993.

Ils jouent simplement la musique qu’ils aiment.

Et ça s’entend.

PUIS LE TEMPS PASSE, PARCE QUE LES GROUPES ONT AUSSI UNE VIE

Entre Of Ruins And Agony et le projet suivant, plusieurs années s’écoulent.

Ce type de période pourrait donner l’impression qu’un groupe ralentit, mais lorsqu’on regarde la trajectoire de Warkunt, on comprend davantage qu’il s’agit d’une construction progressive. Les concerts continuent, le line-up se stabilise et la musique mûrit.

Et surtout, les morceaux qui arriveront ensuite montrent qu’ils ne se sont pas contentés d’attendre gentiment.

En novembre 2024, Warkunt publie A New March Of Death, avant d’annoncer ce qui deviendra leur projet le plus abouti à ce jour. 

Le titre est d’ailleurs parfaitement subtil.

Une nouvelle marche de la mort.

Au moins, personne ne pourra leur reprocher d’avoir vendu un album de bossa nova par erreur.

CYCLONIC ABYSS : LÀ, ÇA COMMENCE À SENTIR SÉRIEUSEMENT LE SOUS-SOL

Le 27 septembre 2025 sort Cyclonic Abyss, un album de huit titres qui montre très clairement le chemin parcouru depuis les débuts. 

La tracklist comprend Surfacing Cyclonic Abyss, Hammering Darkness, A New March Of Death, The Monster I Become, Vipers, l’interlude Yfern Yen, Dehumanized et Desolated Lands. 

À ce stade, Warkunt paraît beaucoup plus sûr de son identité.

Les compositions conservent le caractère frontal des premiers morceaux, mais l’écriture semble plus ample et plus nuancée. Les guitares respirent davantage, les ambiances prennent de la place et certains morceaux se permettent de développer une tension plus progressive avant de remettre tout le monde d’accord avec un riff correctement lesté.

Le titre Surfacing Cyclonic Abyss, qui ouvre le disque, dépasse les cinq minutes et sert très bien d’entrée dans cet univers, tandis que Desolated Lands s’étend sur plus de six minutes et montre que le groupe n’a aucun problème à prendre davantage de temps lorsqu’un morceau le demande. 

Cette évolution est intéressante parce qu’elle ne ressemble pas à un groupe qui cherche soudainement à devenir « plus mature », formule généralement employée lorsqu’on ne sait pas très bien comment expliquer qu’il y a désormais davantage de réverbération.

Warkunt a simplement élargi son terrain de jeu.

LE DEATH METAL OLD SCHOOL N’EST PAS MORT, IL A JUSTE TROUVÉ UNE CAVE À STRASBOURG

Warkunt se revendique clairement de cette culture death metal historique, notamment des scènes américaine et suédoise. 

Cela pourrait facilement devenir contraignant.

Lorsqu’un groupe revendique aussi franchement une tradition, il peut finir par se retrouver prisonnier de ses propres références. Chaque riff est comparé à un autre, chaque son de guitare rappelle telle période et l’auditeur passe parfois plus de temps à faire de l’archéologie musicale qu’à écouter le morceau.

Chez Warkunt, ce rapport aux influences paraît beaucoup plus détendu.

Ils savent ce qu’ils aiment, ils savent ce qu’ils jouent et ne semblent pas particulièrement préoccupés par l’idée de réinventer le death metal à chaque mesure.

Et quelque part, c’est très rafraîchissant.

Tout le monde n’a pas besoin de révolutionner un genre.

Parfois, ce dont on a besoin, c’est simplement d’un excellent riff qui arrive au bon moment et nous donne spontanément envie de faire ce petit mouvement de tête parfaitement ridicule que les métalleux tentent ensuite de faire passer pour un comportement normal.

DIX ANS PLUS TARD, ILS SONT TOUJOURS LÀ

En 2026, Warkunt fête dix ans d’existence.

Ce qui représente déjà quelque chose dans une scène où maintenir un groupe pendant une décennie demande une combinaison assez spectaculaire de passion, d’organisation et d’acceptation collective du fait que les week-ends peuvent désormais être consacrés à transporter des amplis pesant approximativement le poids d’un veau adulte.

Le groupe explique avoir beaucoup tourné en France mais aussi à l’étranger et avoir eu l’occasion de partager des scènes avec des formations qu’ils écoutaient eux-mêmes auparavant en tant que fans. 

Cette longévité donne aujourd’hui à Warkunt quelque chose qu’on ne peut pas fabriquer avec une bonne campagne de communication : de l’expérience.

Ils ont eu le temps de faire évoluer leurs morceaux, de stabiliser leur formation et surtout de comprendre ce qui constitue réellement leur identité.

Et cette identité ne ressemble pas à une stratégie marketing.

Elle ressemble davantage à cinq types qui avaient envie de faire du death metal et qui, dix ans plus tard, ont encore très envie de faire du death metal.

Ce qui, finalement, est peut-être la meilleure base possible.

ET EN PLUS, ILS ONT L’AIR DE S’AMUSER

C’est là qu’on arrive à quelque chose que l’on aime énormément chez Studio Quarante-Deux.

Le metal extrême adore l’imagerie sombre, les thèmes morbides et les photographies où absolument personne n’a reçu l’autorisation de sourire depuis 1987.

Très bien.

Mais les gens derrière la musique, heureusement, ne sont pas obligés de vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans une crypte en regardant fixement un chandelier.

Et Warkunt semble posséder ce contraste plutôt réjouissant entre une musique qui évoque facilement la destruction, les ruines, la folie et des paysages suffisamment désolés pour faire fuir un agent immobilier, et des musiciens qui ne donnent pas spécialement l’impression de se prendre pour les gardiens officiels des enfers.

C’est aussi cela qui rend un groupe attachant.

On peut faire une musique extrêmement sérieuse sans se prendre soi-même terriblement au sérieux.

Mieux encore, cette distance permet souvent d’être plus libre musicalement, parce qu’on n’est plus constamment occupé à protéger une image.

Et chez Warkunt, on sent cette envie très simple de jouer, de partager et manifestement de passer un bon moment pendant que les cervicales du public négocient les conditions de leur retraite anticipée.

UNE SCÈNE DU GRAND EST QUI MÉRITE QU’ON AILLE FOUILLER PLUS SOUVENT

Le fait que Warkunt soit strasbourgeois n’est pas non plus anodin pour nous.

Avec Studio Quarante-Deux, nous avons évidemment envie de parler de grands noms et de groupes internationaux, mais l’une des raisons mêmes de l’existence du projet est aussi de regarder ce qui se passe autour de nous.

Et le Grand Est possède une scène metal largement plus riche que ce que l’on pourrait croire en se contentant des programmations les plus visibles.

Warkunt en est un très bon exemple.

Le groupe a construit son parcours loin des projecteurs permanents, avec des sorties, des concerts et une présence régulière sur le terrain, jusqu’à posséder aujourd’hui dix années d’histoire et une discographie suffisamment solide pour que l’on puisse s’y plonger sérieusement.

Le meilleur dans tout ça, c’est qu’ils continuent.

Leur Bandcamp annonce encore des dates hors de France, notamment en Suisse, preuve que la petite machine strasbourgeoise n’a visiblement aucune intention de rentrer au garage. 

WARKUNT N’A PAS BESOIN DE FAIRE SEMBLANT

C’est probablement ce que l’on retient le plus après avoir parcouru leur histoire et écouté leurs différents projets.

Warkunt ne donne jamais l’impression de courir après la mode du moment.

Ils ne cherchent pas à devenir soudainement metalcore parce que cela tourne davantage, ni à ajouter trois litres d’électronique parce qu’un algorithme leur aurait conseillé de moderniser leur son.

Ils font du death metal.

Ils aiment le death metal.

Et ils continuent à chercher ce qu’ils peuvent faire à l’intérieur de ce langage.

Cela peut sembler simple, mais conserver une identité pendant dix ans tout en évitant de tourner en rond demande probablement beaucoup plus de travail que de changer complètement de direction tous les deux albums.

Avec Cyclonic Abyss, Warkunt montre justement qu’il est possible d’approfondir un style sans le trahir, d’élargir ses atmosphères sans diluer sa violence et de produire quelque chose de plus ambitieux sans perdre ce qui faisait fonctionner les premiers morceaux.

Et franchement, on préfère mille fois cela à un groupe qui nous explique avoir « totalement réinventé son ADN » parce qu’il a mis un synthé sur l’intro.

ALORS, POURQUOI WARKUNT CHEZ STUDIO QUARANTE-DEUX ?

Parce que c’est exactement le type de groupe que l’on a envie d’aller chercher.

Un groupe qui possède déjà une vraie histoire, qui joue depuis dix ans, qui a continué à faire évoluer sa musique et qui n’est pourtant pas encore connu de tous ceux qui devraient probablement avoir croisé son chemin.

Et puis, avouons-le, lorsque l’on connaît l’un des guitaristes, on dispose également d’un formidable outil journalistique : pouvoir lui poser toutes les questions légèrement pénibles que l’on n’oserait peut-être pas envoyer par mail à un parfait inconnu.

Ce qui ouvre quelques perspectives intéressantes.

Parce qu’après avoir regardé ce que Warkunt raconte officiellement, on a maintenant surtout envie de savoir ce qui se passe dans le groupe : qui arrive avec les riffs les plus absurdes, lequel met quinze prises à admettre qu’il s’est trompé, comment naissent leurs morceaux, ce qu’ils écoutent vraiment dans le van et surtout si cinq musiciens capables d’appeler un disque Cyclonic Abyss peuvent réellement passer trois heures ensemble sans raconter une seule connerie.

Nous avons quelques doutes.

Et tant mieux.

Parce que derrière les blast beats, les growls, les guitares et les ruines agonisantes, il y a aussi ce qu’on cherche toujours ici : des humains qui aiment suffisamment la musique pour consacrer une partie déraisonnable de leur vie à la fabriquer.

Et Warkunt fait visiblement partie de ces gens-là.

DES GROUPES. DES SCÈNES. DES RENCONTRES. ⚡ ET PARFOIS, BEAUCOUP TROP DE RIFFS POUR UNE SEULE PAIRE DE CERVICALES. 🤘🏻

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