
Dimanche soir, la place François-Mitterrand de Florange avait pris des airs nettement plus nordiques que d’habitude. Pour cette nouvelle FVF Pagan Night, Heiðrún Production avait réuni plusieurs propositions autour des univers pagan, nordiques et ritual folk, avec Nytt Land, Askemåne et Velka, mais également Plume Noire Corax. Le rendez-vous était gratuit sur réservation et, avant même le début de la soirée, l’organisation avait déjà dépassé les 615 réservations.
Un chiffre qui ne raconte évidemment pas à lui seul la réussite d’un événement, mais qui dit tout de même quelque chose d’important : lorsqu’une programmation aussi identitaire trouve plus de 600 personnes prêtes à se déplacer un dimanche soir à Florange, il existe manifestement un public pour ces esthétiques dans le secteur.
De mon côté, cette Pagan Night s’est vécue légèrement à contrechamp puisque j’avais répondu à l’appel lancé pour renforcer l’équipe de bénévoles. Quelques heures au check-in, puis un passage en cuisine avec Mattjö Haussy, fondateur de Hrafngrímr et l’un des visages du projet porté par Heiðrún Production, qui n’a manifestement aucun problème à passer de l’organisation générale aux fourneaux lorsque la soirée l’exige.
Ce détail pourrait sembler anecdotique, mais il raconte finalement assez bien l’ambiance rencontrée derrière l’événement : beaucoup de passion, peu de distance entre les rôles et cette manière assez saine de considérer que, lorsque quelque chose doit être fait, la meilleure personne pour s’en occuper est parfois simplement celle qui se trouve juste à côté.
Pendant ce temps-là, heureusement, les casseroles n’étaient pas les seules à faire du bruit.
NYTT LAND : UNE IMMERSION PLUS QU’UN SIMPLE CONCERT
La présence de Nytt Land constituait évidemment l’un des grands rendez-vous de cette Pagan Night. Leur musique appartient à cette famille particulière de projets pour lesquels parler simplement de « morceaux » devient rapidement insuffisant, tant l’expérience repose sur la construction d’une atmosphère globale.
Percussions profondes, voix, instruments traditionnels et textures répétitives participent à installer un univers ritual folk sombre et extrêmement immersif, dans lequel la musique semble moins chercher à provoquer une réaction immédiate qu’à installer progressivement le public quelque part.

Et c’est précisément sur scène que cette approche prend toute sa dimension.
Parce qu’on peut évidemment écouter Nytt Land chez soi, mais lorsque ces rythmes résonnent devant plusieurs centaines de personnes et que les chants, les lumières et toute l’esthétique qui accompagne le projet se rejoignent, on ne reçoit plus vraiment la musique de la même manière. Elle devient plus physique, presque cérémonielle par moments, et rappelle pourquoi les univers ritual et pagan fonctionnent aussi particulièrement bien lorsqu’ils quittent les enceintes d’un salon pour rencontrer un public.
ASKEMÅNE : LE PAGAN NE PARLE PAS QU’UNE SEULE LANGUE
Avec Askemåne, la soirée restait profondément ancrée dans les imaginaires pagan et nordiques tout en changeant sensiblement de langage.
Et c’est probablement l’un des intérêts majeurs d’une programmation comme celle-ci : rappeler que « pagan » ne désigne absolument pas une musique unique que l’on pourrait résumer à quelques percussions, trois runes et une forêt embrumée placée derrière la scène.
Sous cette bannière peuvent se rencontrer des influences folk, metal, dark pagan, des approches plus théâtrales ou davantage centrées sur l’atmosphère, avec des groupes capables de s’approprier les mêmes références culturelles sans jamais construire le même univers.
Askemåne poursuivra d’ailleurs l’aventure avec les FVF Pagan Nights puisque le groupe est également annoncé pour le prochain rendez-vous du 3 octobre à Plappeville.
VELKA : UNE AUTRE FACETTE DE LA PROGRAMMATION
Velka venait compléter l’affiche musicale de cette Pagan Night avec sa propre identité et contribuait justement à cette diversité qui rendait la programmation intéressante.
Parce que réunir plusieurs groupes ou projets sous une esthétique commune n’a d’intérêt que si chacun apporte quelque chose de différent. Le risque, dans une soirée très marquée stylistiquement, serait évidemment d’assister à plusieurs déclinaisons d’une même proposition ; à Florange, l’intérêt venait au contraire de cette possibilité de passer d’une ambiance à une autre tout en restant dans un imaginaire cohérent.
Ce fil conducteur permettait au public de ne jamais réellement quitter l’univers de la soirée sans pour autant avoir l’impression que quelqu’un avait laissé le même album tourner pendant plusieurs heures.
PLUME NOIRE CORAX ET VØLKA : LE PAGAN PEUT AUSSI SE RACONTER AUTREMENT

La soirée accueillait également Plume Noire Corax, projet artistique porté par Frédéric Tardieux, dont la proposition dépasse le cadre d’un simple concert.
Ici, la musique dialogue avec une dimension visuelle et narrative importante, autour des projections, des lumières et d’une esthétique inspirée notamment des univers pagan, nordiques et de la nature. La démarche cherche davantage à construire une expérience globale qu’à simplement placer des musiciens devant un public.
Plume Noire Corax met également en avant le projet musical VØLKA, avec Klukkur eilífðar (Fragments d’Éternel), qui prolonge cette volonté de travailler l’atmosphère, l’immersion et la narration.
Cette présence apportait donc une couleur supplémentaire à la soirée : une manière différente d’aborder cet imaginaire, où le son ne fonctionne plus seul mais s’inscrit dans quelque chose de plus large, à la frontière entre musique, image et spectacle.
Et dans une Pagan Night qui cherchait justement à montrer plusieurs visages d’un même univers culturel, cette proposition avait parfaitement sa place.
UNE SOIRÉE QUE L’ON PEUT AUSSI REGARDER DEPUIS L’ENVERS DU DÉCOR
Je n’ai évidemment pas vécu chaque concert depuis le premier rang, puisque le check-in et la cuisine avaient visiblement décidé qu’eux aussi méritaient une partie de mon dimanche soir, mais cette position permet finalement de regarder l’événement sous un angle assez particulier.
On passe de l’entrée aux coulisses, on entend certains morceaux depuis un autre endroit du site, on croise les artistes, les techniciens, l’organisation et les autres bénévoles, puis on réalise assez vite qu’un concert ne se déroule jamais uniquement devant la scène.
Derrière les lumières et les amplis existe toute une mécanique que le public n’a heureusement pas besoin de voir pour en profiter.
Et sans faire du bénévolat le sujet central de cet article, il serait dommage de ne pas parler de ce que cette soirée a également offert de ce côté-là : des rencontres particulièrement chaleureuses et une équipe avec laquelle quelques heures suffisent pour comprendre qu’un événement indépendant se construit avant tout humainement.
Voir Mattjö passer de la coordination du projet à la cuisine sans cérémonie particulière pendant que les concerts se poursuivent quelques mètres plus loin en est probablement l’image la plus simple.
PLUS DE 600 RÉSERVATIONS : UN SIGNAL QUI MÉRITE D’ÊTRE REGARDÉ

Les 615 réservations enregistrées avant la soirée constituent peut-être l’une des informations les plus intéressantes de cette édition.
Non pas parce qu’un chiffre permettrait de déterminer automatiquement si une soirée est réussie, mais parce qu’il montre l’existence d’une curiosité réelle autour de ces propositions.
Le pagan, le ritual folk ou les univers néo-nordiques ne représentent pas nécessairement les esthétiques que l’on imagine spontanément capables de rassembler plusieurs centaines de personnes à Florange un dimanche soir.
Et pourtant, le public était là.
Ce genre de réponse est précieux pour les organisations indépendantes, parce qu’il permet de montrer que certaines scènes n’ont pas besoin d’être diluées pour trouver leur public. Il faut simplement leur donner un endroit où se rencontrer.
PROCHAINE ÉTAPE : PLAPPEVILLE, LE 3 OCTOBRE

Et l’histoire ne s’arrête pas à Florange.
Le samedi 3 octobre 2026, Heiðrún Production installera une nouvelle FVF Pagan Night à la salle polyvalente de Plappeville.
Le village nordique ouvrira dès 14 h, avec un accès gratuit à la partie consacrée aux artisans et aux animations, accompagné d’un marché, de déambulations, d’un spectacle de feu, d’un bar et d’un espace restauration.
À partir de 16 h, la musique reprendra ses droits avec Hrafngrímr, Askemåne, Sarmates et Det Var.
Et il y a une boucle assez savoureuse dans l’histoire : à Florange, Mattjö Haussy faisait notamment partie de ceux que l’on retrouvait derrière l’organisation et, à un moment donné, derrière les casseroles ; à Plappeville, c’est cette fois avec Hrafngrímr qu’on le retrouvera sur scène.
Les tarifs annoncés sont de 20 € pour les adhérents, 22 € en prévente et 28 € sur place.
Ces Pagan Nights ont également une fonction plus large puisqu’elles contribuent à faire vivre l’univers du Fensch Viking Fest tout au long de l’année et à soutenir le développement des prochaines éditions. Derrière chaque soirée se construit donc progressivement quelque chose de plus vaste : une programmation, une communauté, des habitudes, des rencontres et un réseau de personnes suffisamment passionnées pour continuer à faire avancer le projet entre deux éditions du festival.
Après Florange et ses plus de 600 réservations, la prochaine étape à Plappeville sera donc intéressante à observer.
Parce qu’au-delà des costumes, des instruments traditionnels, des runes et de toutes les images immédiatement associées à cet univers, c’est peut-être cela que racontait le mieux cette soirée : une scène existe réellement lorsqu’elle réunit des artistes qui la font évoluer, une organisation qui lui crée des espaces et un public qui répond présent.
DES GROUPES. DES SCÈNES. DES RENCONTRES. ⚡ ET PARFOIS, LE NORD S’INSTALLE À QUELQUES KILOMÈTRES DE CHEZ NOUS. 🤘🏻🖤

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