
De Thionville aux abysses, le néo-metal n’a visiblement pas rendu les armes
Ces groupes que l’on découvre au détour d’une playlist, d’autres parce qu’un pote vous envoie un lien accompagné d’un très constructif « écoute ça putain », et ceux qui rappellent une évidence : la scène metal lorraine n’a absolument pas besoin d’aller chercher à 800 kilomètres pour trouver de quoi faire vibrer les murs.
Pour cet Artist File #006, Studio Quarante-Deux reste donc dans le coin et pose ses oreilles à Thionville, chez Olden World Limit.
Et autant prévenir immédiatement les cervicales : elles vont travailler.
Six musiciens, un joli bordel d’influences et aucune envie de choisir un camp
Olden World Limit naît à Thionville en 2011. La formation se stabilise quelques années plus tard et compte aujourd’hui six musiciens, avec une identité revendiquée autour du néo-metal et de la fusion, là où les guitares lourdes viennent rencontrer le hip-hop, le flow et des refrains capables de rester coincés dans le crâne bien après la dernière note.
Et quand on regarde du côté des influences annoncées par le groupe, le tableau devient assez parlant : Korn, Rage Against the Machine, Bring Me The Horizon, mais aussi la branche française avec Pleymo et Enhancer.
Autrement dit, si une partie de votre adolescence s’est déroulée avec un baggy suffisamment large pour héberger une famille de quatre personnes et un CD gravé dans un Discman, il existe une possibilité raisonnable pour que certaines sonorités réveillent deux ou trois neurones heureux.
Mais réduire Olden World Limit à une nostalgie des années néo serait franchement paresseux.
Parce que le groupe a surtout fait ce que les formations qui durent savent faire : digérer ses influences plutôt que les recopier, évoluer, chercher son propre équilibre et construire au fil des années un son dans lequel metal et hip-hop ne donnent jamais l’impression d’avoir été collés ensemble au scotch.

Du premier album à Éclipse
Après plusieurs années à construire son identité sur scène, Olden World Limit sort un premier album éponyme en août 2017. Entre-temps, le groupe accumule les concerts et décroche notamment des premières parties de Mass Hysteria, Agnostic Front ou encore Bukowski. Pas exactement le genre de voisinage qui encourage à jouer timidement dans ses chaussures.
Puis arrive Éclipse, deuxième album publié le 27 janvier 2021.
Le groupe y assume pleinement son terrain de jeu néo-metal, avec cette alliance entre puissance métallique et hip-hop qui constitue depuis le départ une partie de son ADN.
La même année paraît également l’EP Influences, cinq morceaux supplémentaires qui viennent continuer à documenter cette période du groupe.
Et pendant que certains enterrent régulièrement le néo-metal tous les trois ans avec une petite cérémonie et des bougies, Olden World Limit continue tranquillement à jouer.
C’est finalement une assez bonne méthode pour ne pas tuer le style.
Le Chant des abysses, nouvelle plongée

La discographie mène aujourd’hui à Le Chant des abysses, un album de douze titres pour environ 38 minutes. On y retrouve notamment Brûler vif, Forger le fer, Chacun son périmètre, Le temps de voir, L’envie nous manque, Combat perdu, Une personne de trop, Nouveaux héros, Faire ses preuves, O.V.N.I ou encore Avant la fin.
Et rien que les titres donnent déjà une indication : ici, on ne semble pas particulièrement motivé pour écrire douze chansons sur les papillons, les brunchs du dimanche et le bonheur d’avoir trouvé une place devant la boulangerie.
Il y a quelque chose de plus intérieur dans cette nouvelle matière.
Des failles, des rapports humains, des combats, le temps qui passe, ce qu’on porte et ce qu’on essaie encore de devenir.
La musique conserve la puissance qui fait l’identité d’Olden World Limit, mais elle laisse suffisamment d’espace aux textes et aux contrastes pour éviter le syndrome du « tout à fond pendant quarante minutes et merci bonsoir ».
Et c’est précisément là que le groupe devient intéressant.
Parce que la lourdeur n’est jamais très loin, mais elle n’est pas seule aux commandes.
Trois morceaux pour entrer dans les abysses
S’il fallait ouvrir trois portes dans cet album, Studio Quarante-Deux commencerait volontiers par Forger le fer, Le temps de voir et L’envie nous manque. Tous trois figurent sur Le Chant des abysses.
Pas parce qu’ils résument entièrement le disque, ce serait beaucoup demander à trois morceaux, mais parce qu’ils permettent justement d’en percevoir plusieurs facettes.
On y retrouve ce mélange de poids, de rythme et de tension, avec une place importante accordée au texte. Olden World Limit sait envoyer la masse quand il le faut, mais sait aussi que cinquante nuances de parpaing ne constituent pas nécessairement une direction artistique.
Et ça, chez Studio 42, on apprécie.
Et puis il y a la scène, parce qu’un groupe comme celui-ci ne se raconte jamais complètement avec une paire d’écouteurs.
Olden World Limit s’est construit de concert en concert, et son parcours en témoigne. Le groupe a partagé l’affiche avec des formations solides et continue d’être présent sur les scènes locales, notamment à Thionville où il figurait encore à la Fête de la Musique 2024.
Sur scène, la fusion prend forcément une autre dimension. Les rythmiques deviennent physiques, le rapport au public prend le relais et les morceaux conçus pour cogner trouvent soudain leur habitat naturel.
Le salon est très sympathique.
Mais certaines musiques ont clairement été élevées pour vivre devant une fosse.

Pourquoi Olden World Limit chez Studio Quarante-Deux ?
Parce que c’est exactement pour ça qu’on a créé cette rubrique.
Pas uniquement pour parler des groupes dont le nom remplit déjà une affiche en police 284.
Mais pour regarder aussi ce qui pousse autour de nous, ce qui répète, compose, enregistre, charge le matos dans les voitures, joue dans les salles et continue de faire vivre une scène locale qui mérite qu’on arrête parfois de regarder systématiquement ailleurs.
Olden World Limit existe depuis quinze ans. Quinze ans de musique, d’évolution, de concerts et de disques, avec une identité qui a grandi sans renier ses racines.
Alors non, le néo-metal n’est pas mort.
Il avait juste probablement autre chose à foutre que de répondre aux avis de décès.
Et du côté de Thionville, Olden World Limit continue de faire du bruit.
Nous, on vous aura prévenus.
Des groupes. Des scènes. Des rencontres. Et aucune Limite.
Et des mondes sans limites. 🤘🏻

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