On était venus donner un coup de main. On est repartis avec une famille de plus.

Quelques jours après le MozHell, il restait encore des morceaux de ces trois jours un peu partout : dans les oreilles, évidemment, dans les jambes de manière nettement moins glorieuse, dans les centaines de photos à trier, dans nos conversations et surtout dans cette sensation persistante d’avoir laissé quelque chose derrière nous à Insming.
Pourtant, les festivals et le bénévolat, Sam et moi, on connaît.
Au fil des années, nous avons vécu beaucoup de festivals et de manifestations des deux côtés de la barrière. Nous avons été festivaliers, mais nous avons aussi enfilé régulièrement la casquette de bénévoles, donné des coups de main, participé à des organisations, connu les journées qui commencent beaucoup trop tôt et celles qui se terminent à une heure où le corps commence sérieusement à négocier ses conditions de travail. Nous connaissons les kilomètres parcourus avec quelque chose dans les bras, les repas avalés quand on trouve enfin cinq minutes et cette faculté assez fascinante du bénévole à fonctionner avec trois heures de sommeil, un café tiède et une motivation dont la médecine moderne peine encore à expliquer l’origine.
Alors non, nous ne sommes pas arrivés au MozHell en découvrant soudainement qu’un festival possédait des coulisses et que les barrières ne poussaient pas naturellement dans les champs.
Et c’est précisément pour cela que ce que nous y avons trouvé nous a autant marqués.
Parce qu’on en a connu, des événements. On en a vu, des organisations, des équipes, des fonctionnements et des ambiances différentes. Certaines excellentes, d’autres joyeusement chaotiques, toutes avec leurs qualités, leurs défauts et leur propre manière de faire tenir debout cette drôle de machine qu’est un événement.
Mais le MozHell…
Putain, le MozHell, il déchire.
Et pas seulement parce que l’affiche était belle.
Il possède ce truc extrêmement difficile à fabriquer artificiellement : une organisation capable d’être carrée sans devenir impersonnelle, des gens capables de travailler sérieusement sans oublier de déconner, une vraie solidarité lorsque le rythme s’accélère et cette impression assez rare qu’on ne vient pas simplement remplir une case « bénévole » sur un planning.
On vient participer à quelque chose, et très rapidement, on a envie que ce quelque chose fonctionne parce qu’on commence déjà à s’y attacher.
Pour cette troisième édition du MozHell Open Air, organisée du 24 au 26 juillet 2026, nous pensions venir apporter nos bras, notre temps, notre expérience et notre énergie à un festival metal de notre région auquel nous avions envie de croire.
Nous n’avions simplement pas prévu d’avoir autant envie de rester.
AVANT LE PREMIER RIFF, IL Y A DÉJÀ UN MONDE QUI S’ACTIVE

Lorsqu’on arrive dans un festival comme spectateur, tout paraît presque évident. Les barrières sont là, les scènes aussi, les artistes arrivent, les bières coulent, les concerts commencent et, sauf incident suffisamment spectaculaire pour finir dans les anecdotes du lendemain, personne ne se demande vraiment comment cet immense bordel réussit à tenir debout pendant plusieurs jours.
Puis on passe de l’autre côté et on mesure la quantité absolument délirante de travail cachée derrière cette apparente simplicité.
Avant le premier riff, quelqu’un a installé cette barrière, préparé cet espace, rempli ce frigo, accueilli ce groupe, vérifié cette accréditation, transporté ce matériel, préparé ce repas, nettoyé cette zone, renseigné ce festivalier et probablement résolu quatre problèmes dont le public ne connaîtra jamais l’existence.
Pendant que les festivaliers vivent leur week-end, une autre petite ville fonctionne derrière eux, avec ses équipes, ses rotations, ses imprévus et ses habitants qui, détail non négligeable, dorment assez peu.
Le MozHell nous a impressionnés précisément parce qu’il réussit à rendre invisible une immense partie de l’effort nécessaire pour faire fonctionner l’ensemble. Entre l’accueil, le parking, le camping, le bar, la restauration, le catering, la technique, la sécurité, le montage, le démontage et tout ce qui se glisse entre les lignes d’un planning, ce sont des dizaines de personnes qui travaillent pour que quelques milliers d’autres puissent simplement profiter de leur festival.
Sur le papier, cela ressemble à une succession de postes et de missions. Une fois dedans, cela ressemble davantage à une fourmilière qui aurait découvert le metal et décidé que dormir était une activité optionnelle.
Ce qui nous a surtout frappés, c’est la mécanique humaine derrière cette organisation. Lorsqu’un problème arrive, personne ne semble particulièrement intéressé par l’idée de rester à côté en expliquant qu’il appartient théoriquement à quelqu’un d’autre. On aide, on cherche, on demande, on trouve la personne qui sait, on improvise lorsque c’est nécessaire et on continue.
L’organisation est sérieuse, mais elle n’est jamais froide.
Et cette différence change tout.
ET PUIS, IL Y A EU NOTRE AFFECTATION…
Notre MozHell s’est beaucoup écrit dans un endroit assez particulier : ce camion vitré mis à disposition par Licorne, avec sa terrasse sur le toit, où pouvaient passer les partenaires, les sponsors et les groupes.
Pendant trois jours, Sam et moi avons checké les bracelets, accueilli les personnes accréditées, servi à boire, discuté, rigolé et découvert cette drôle de zone intermédiaire où ceux que l’on regarde habituellement depuis une fosse arrivent soudainement devant vous avec une requête extrêmement rock’n’roll du type : « Je peux avoir de l’eau ? »
Ça remet assez efficacement les choses en perspective.
Parce que derrière les lights, les amplis, les photos de scène et les poses de promo se trouvent des gens qui viennent parfois de rouler pendant des heures, qui ont faim, qui ont soif, qui sont fatigués, qui ont besoin de souffler et qui viennent simplement s’asseoir quelques minutes avant ou après leur concert.
Et c’est précisément dans ces moments ordinaires que certaines rencontres deviennent extraordinaires.
Pas parce qu’elles produisent nécessairement une anecdote spectaculaire à raconter pendant quinze ans, mais parce que la distance disparaît. On échange quelques mots, puis davantage. On rigole, on parle musique, tournée, festival ou absolument autre chose. On découvre des personnes accessibles, drôles, généreuses, parfois complètement barrées, et il arrive que notre cerveau mette quelques secondes à réaliser que la personne avec laquelle nous sommes tranquillement en train de discuter est aussi celle que nous regardions envoyer un set monumental quelques heures auparavant.
Dans ces situations, il existe deux possibilités : rester parfaitement professionnel ou hurler intérieurement.
Nous avons énormément pratiqué la seconde.
Discrètement, évidemment.
Enfin, nous l’espérons.
LES RENCONTRES EN OR NE PORTENT PAS TOUTES UN PASS ARTISTE

Bien sûr qu’il y a eu les groupes.
Bien sûr qu’il y a eu les concerts, les découvertes, les retrouvailles musicales et toutes ces petites et grosses claques qui expliquent pourquoi, après toutes ces années, nous continuons volontairement à nous placer devant des systèmes de son capables de déplacer nos organes internes.
Certaines rencontres avec les artistes resteront longtemps avec nous, parce qu’elles ont été simples, sincères et infiniment plus humaines que tout ce que l’on pourrait fabriquer autour d’un statut ou d’une photo.
Mais lorsque nous repensons aujourd’hui au MozHell, les premiers visages qui nous reviennent ne portent pas tous un pass artiste.
Ce sont aussi ceux des bénévoles, des organisateurs, des techniciens et de toutes ces personnes que l’on commence par croiser vingt fois dans une journée avant qu’un prénom finisse par remplacer un visage.
Ce sont celles avec lesquelles on échange trois mots le vendredi et avec lesquelles on partage un fou rire le dimanche. Celles qui demandent si tout va bien alors qu’elles-mêmes courent probablement depuis six heures. Celles qui trouvent encore l’énergie de plaisanter alors que leur compteur de sommeil affiche un chiffre qui devrait normalement déclencher une intervention des autorités sanitaires.
Et c’est probablement là que le MozHell nous a cueillis.
Nous sommes arrivés pour travailler avec une équipe que nous connaissions finalement assez peu et, en trois jours, cette équipe est devenue l’une des principales raisons pour lesquelles nous savons déjà que nous voulons revenir.
Pas simplement refaire le festival.
Revenir les aider.
Et cette nuance compte énormément.
DERRIÈRE LE MOZHELL, IL Y A UNE ORGANISATION QUI SE DÉCARCASSE

Un festival indépendant ne pousse pas spontanément au milieu d’un champ parce que quelqu’un a planté trois flight-cases au printemps et les a arrosés avec de la bière.
Derrière le MozHell, il y a des mois de préparation, des décisions, des contraintes, des budgets, des partenaires à convaincre, des artistes à accueillir, des bénévoles à coordonner et une quantité astronomique de détails auxquels le public ne pense pas précisément parce que quelqu’un y a pensé pour lui.
C’est facile d’applaudir une affiche.
Ce qui est beaucoup plus impressionnant, c’est de découvrir les personnes qui l’ont rendue possible.
Pendant ces trois jours, nous avons vu une organisation capable de porter énormément de choses simultanément tout en restant accessible et profondément humaine. Nous avons vu des personnes fatiguées continuer à chercher des solutions, des bénévoles changer de casquette lorsque la situation le demandait et une équipe entière donner de son temps pour que, devant les scènes, quelqu’un puisse simplement passer un week-end extraordinaire.
Évidemment que tout n’est jamais parfait dans un festival. Prétendre le contraire serait raconter une histoire en carton-pâte et ne rendrait hommage à personne. Il y a des imprévus, des ajustements, des tensions, des choses qui fonctionnent moins bien et des problèmes qui choisissent généralement d’apparaître au moment précis où le planning avait poliment demandé qu’ils attendent.
La qualité d’une organisation ne réside pas dans l’absence totale de problèmes.
Elle se mesure aussi à sa manière d’y répondre.
Et pendant qu’un souci est réglé quelque part dans les coulisses, devant une scène quelqu’un est en train de vivre le concert de sa vie sans même savoir qu’il s’est passé quoi que ce soit.
C’est peut-être l’un des plus beaux compliments que l’on puisse faire à ceux qui organisent : ils permettent au public d’être insouciant.
LE MOZHELL GRANDIT, ET ON A TRÈS ENVIE DE GRANDIR AVEC LUI
Le MozHell est encore jeune. Trois éditions, dans la vie d’un festival, c’est presque le début de l’introduction, et pourtant il possède déjà quelque chose que certains événements mettent des années à construire : une identité.
Cette édition 2026 est passée à trois jours et l’organisation continue déjà à réfléchir à la suite, à développer certaines idées et à améliorer ce qui existe. Et forcément, lorsqu’on commence à découvrir les coulisses d’un projet auquel on s’attache, notre cerveau commet une erreur assez classique : il commence à imaginer ce que l’on pourrait faire ensuite.
Comment améliorer ceci ? Comment développer cela ? Où pourrait-on aider davantage ? Qu’est-ce qu’on pourrait apporter ? Comment faire encore mieux l’année prochaine ?
Bref, nous étions censés rentrer chez nous après trois jours de bénévolat et nous avons manifestement ramené une partie du festival avec nous.
C’est encombrant, mais on va s’arranger.
Parce que nous voulons voir le MozHell grandir sans perdre ce qui nous a autant touchés : cette proximité, cette générosité, cette capacité à accueillir et cette sensation que chacun peut réellement apporter quelque chose à l’édifice.
Et si nos bras, nos idées, notre temps ou notre énergie peuvent être utiles à cette aventure, nous les donnerons aussi longtemps que nous en aurons la possibilité.
Pas parce qu’il faudrait rendre quelque chose.
Simplement parce qu’on en a envie.

ON ÉTAIT VENUS POUR AIDER. ON REVIENDRA POUR EUX.
C’est probablement la conclusion la plus simple et la plus sincère que nous puissions tirer de cette édition.
Nous reviendrons évidemment pour la musique, parce qu’il ne faudrait quand même pas commencer à raconter n’importe quoi. Nous reviendrons pour les groupes, les scènes, les découvertes et cette atmosphère que seul un festival metal sait produire lorsqu’une foule entière se retrouve autour de la même passion.
Mais nous reviendrons surtout pour eux.
Pour cette équipe de dingues que nous avons eu la chance de découvrir, pour les organisateurs qui portent cette aventure pendant des mois avant que la première guitare ne résonne, pour les bénévoles qui donnent leurs heures, leurs jambes, leurs bras et parfois les derniers fragments disponibles de leur sommeil, et pour toutes ces personnes qui nous ont accueillis avec une simplicité et une gentillesse auxquelles nous ne nous attendions pas.
Nous reviendrons aussi pour ces moments impossibles à programmer : les discussions autour d’un verre, les rencontres improbables, les fous rires, les cinq minutes pendant lesquelles tout le monde parvient enfin à souffler et ces instants où l’on réalise que ce que l’on est en train de vivre deviendra probablement l’une des histoires que l’on racontera encore longtemps.
Le MozHell nous a donné des concerts, des souvenirs et des rencontres en or, mais il nous a surtout rappelé pourquoi nous aimons autant cet univers.
Parce que le metal n’est pas seulement ce qui se passe sur une scène et qu’un festival n’est jamais uniquement une succession de groupes imprimés en gros caractères sur une affiche.
Derrière tout cela, il y a des humains qui choisissent de donner énormément pour fabriquer quelques jours dont d’autres se souviendront pendant des années.
Cette année, nous avons eu la chance d’être un tout petit morceau de cette immense mécanique.
L’année prochaine, nous essaierons d’en être un morceau encore plus utile.
Parce qu’en y réfléchissant, notre plus grosse claque du MozHell 2026 n’était peut-être même pas programmée sur une scène.
Elle portait un bracelet bénévole.
Alors merci au MozHell, merci au crew et merci à toutes celles et ceux qui nous ont fait une place au milieu de ce joyeux bordel remarquablement organisé. Merci pour votre confiance, votre énergie, votre patience, vos sourires et tous ces moments qui ont transformé trois jours de bénévolat en quelque chose que nous n’avions absolument pas anticipé.
Nous étions venus donner un coup de main.
Vous nous avez donné une furieuse envie de ne plus lâcher le vôtre.
DES GROUPES. DES SCÈNES. DES RENCONTRES.
⚡ ET PARFOIS, UNE FAMILLE.
Studio Quarante-Deux 🖤🤘🏻
📸 @3kym0x
@Mozhellopenair
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