
Ces groupes qu’on écoute, ces groupes qu’on respecte, et puis il y a ceux qui finissent par s’incruster durablement dans la bande-son de nos vies. Black Bomb A fait partie de cette troisième catégorie, celle qui ne demande pas vraiment la permission avant d’entrer.
Depuis le milieu des années 90, le groupe français s’est construit une place à part dans le paysage metal hexagonal, avec une recette qui aurait pu sembler casse-gueule sur le papier, mais qui est devenue leur signature : du hardcore, du punk, du metal, deux chants radicalement opposés et cette capacité assez insolente à donner l’impression que tout va exploser dans les trente prochaines secondes.
Spoiler : souvent, c’est exactement ce qui se passe.

DE VIROFLAY AU STATUT DE PILIER DU METAL FRANÇAIS
Black Bomb A voit le jour en région parisienne au milieu des années 90. Le groupe développe rapidement un son qui refuse de choisir entre metal, hardcore et punk, avec une identité vocale qui devient très vite reconnaissable grâce à l’alternance de deux voix complémentaires. Cette dualité fait partie de l’ADN du groupe et contribue largement à cette impression de tension permanente qui traverse leurs morceaux.
Au fil des années, Black Bomb A accumule les albums, les tournées, les changements de line-up et surtout les kilomètres. Beaucoup de kilomètres. Le groupe ne s’est jamais construit uniquement sur disque : sa réputation s’est forgée sur scène, dans les clubs comme sur les grands festivals, là où son énergie prend une toute autre dimension.
Leur discographie raconte d’ailleurs assez bien cette évolution. Après l’EP Straight In The Vein, arrivent notamment Human Bomb, Speech Of Freedom, One Sound Bite To React, From Chaos, Enemies Of The State, Comfortable Hate, l’album éponyme Black Bomb A, puis Unbuild The World. Le site officiel compte aujourd’hui huit albums, un EP et deux DVD live, preuve qu’on ne parle plus vraiment d’un groupe de passage mais d’une institution du metal français.
Et trente ans plus tard, le mot « institution » n’a toujours rien d’un synonyme de « maison de retraite ».
UNE SIGNATURE : DEUX VOIX, UNE DÉFLAGRATION
Ce qui frappe chez Black Bomb A, c’est d’abord cette opposition vocale qui fonctionne presque comme une conversation sous très haute tension.
D’un côté, la brutalité du chant hurlé. De l’autre, une voix plus claire, plus incisive, parfois plus mélodique. Ensemble, elles créent une dynamique extrêmement identifiable, surtout lorsque le groupe accélère et que les guitares, la basse et la batterie décident manifestement de régler leurs comptes avec vos cervicales.
Le résultat a permis à Black Bomb A de ne jamais se laisser enfermer complètement dans une seule case. Metal ? Oui. Hardcore ? Évidemment. Punk ? Aussi. Fusion ? Pourquoi pas. Mais surtout : Black Bomb A.
Et c’est peut-être ça, finalement, le luxe absolu après trente ans de carrière. Pouvoir mettre trois secondes d’un morceau et entendre immédiatement : « ça, c’est eux ».
UNBUILD THE WORLD : TRENTE ANS, MAIS TOUJOURS LA DALLE

En 2024, Black Bomb A fête ses trente ans avec un huitième album studio, Unbuild The World, sorti le 29 mars. Le groupe aurait parfaitement pu profiter de cet anniversaire pour regarder dans le rétroviseur, ressortir les vieilles photos et expliquer pendant quarante minutes que « c’était mieux avant ».
Ils ont préféré sortir un disque qui cogne.
Et quelque part, c’était nettement plus cohérent.
Unbuild The World reprend tout ce qui fait la personnalité du groupe, mais sans donner l’impression de vouloir vivre uniquement sur ses acquis. Le disque conserve cette fusion metal, punk et hardcore qui leur colle à la peau, avec des riffs massifs, des rythmiques nerveuses et ce fameux jeu de voix qui continue d’être l’une de leurs plus grandes forces.
Parmi les morceaux qui ressortent particulièrement, People Hate People pose immédiatement le décor avec une agressivité franche, tandis que Crashboys pousse vers quelque chose de plus frénétique, taillé pour le pit. Raise No Flag joue davantage sur la lourdeur et montre une facette plus ample du groupe, sans jamais devenir gentille pour autant. Hard Force soulignait d’ailleurs précisément cette combinaison entre violence, groove et chant dual dans sa chronique de l’album.
Le groupe a ensuite dévoilé le clip de The Fraud en mai 2024, prolongeant la vie de l’album et confirmant que Black Bomb A n’avait pas exactement prévu de célébrer ses trente ans avec des petits fours et un diaporama PowerPoint.
SUR SCÈNE, TOUT PREND UNE AUTRE DIMENSION
Parler de Black Bomb A uniquement à travers les albums serait pourtant passer à côté d’une énorme partie du sujet.
Parce que ce groupe vit pour la scène.
Leur musique semble presque écrite pour être transformée en mouvement : circle pits, pogos, bras levés, refrains gueulés ensemble et cette étrange faculté qu’a le public metal à trouver parfaitement raisonnable de se jeter volontairement les uns sur les autres pendant qu’un type hurle dans un micro.
Vu de loin, c’est discutable.
Vu depuis le pit, c’est une autre philosophie.
Cette réputation live ne date pas d’hier. Black Bomb A a construit une bonne partie de son histoire en tournant constamment et en défendant ses morceaux devant des générations successives de public. Leur longévité vient aussi de là : plusieurs générations ont découvert le groupe à des époques différentes, mais finissent par se retrouver devant la même scène avec exactement la même idée brillante.
« Ça va être calme, je reste derrière. »
Bien sûr.

PLUS DE TRENTE ANS ET TOUJOURS INDÉPENDANTS D’ESPRIT
Ce qui rend Black Bomb A particulièrement intéressant aujourd’hui, c’est qu’ils ont traversé plusieurs époques du metal français sans devenir une caricature de leur propre passé.
Les modes ont changé. Les scènes ont évolué. Le metalcore est arrivé, reparti, revenu avec une nouvelle coupe de cheveux. Les réseaux sociaux ont transformé la façon dont les groupes communiquent. Les supports physiques ont pris des coups, puis le vinyle est revenu tranquillement expliquer à tout le monde qu’il n’était finalement jamais mort.
Pendant ce temps-là, Black Bomb A a continué.
Pas en essayant désespérément de rester « jeune », mais en restant cohérent avec sa propre identité.
Le résultat est assez rare : un groupe capable aujourd’hui de parler aux fans qui ont découvert Human Bomb ou Speech Of Freedom il y a plus de vingt ans tout en continuant d’attirer un public qui n’était parfois même pas né lors de leurs premières tournées.
Et lorsqu’un groupe traverse trente ans sans perdre cette capacité à fédérer, il faut probablement arrêter de parler uniquement de longévité.
Il faut parler de transmission.
POURQUOI BLACK BOMB A COMPTE AUTANT POUR NOUS
Chez Studio Quarante-Deux, on ne prétendra jamais regarder Black Bomb A avec la distance glaciale d’un laboratoire scientifique.
Ce serait mentir avec beaucoup trop d’assurance.
Ce groupe fait partie de ceux qui ont accompagné notre propre parcours musical, nos concerts, nos années de découvertes et cette époque bénie où l’on pouvait rentrer d’une soirée avec les oreilles qui sifflaient pendant deux jours en trouvant cela parfaitement normal.
Alors forcément, lorsque Black Bomb A continue trente ans plus tard à sortir des albums, à monter sur scène et à envoyer la même énergie, quelque chose résonne différemment.
Ce n’est pas uniquement de la nostalgie.
C’est presque l’inverse.
C’est constater qu’un groupe associé à une partie de notre jeunesse peut encore aujourd’hui produire quelque chose de vivant, de pertinent et de furieusement actuel.
Et ça, franchement, fait du bien.

UNE INSTITUTION QUI REFUSE DE SE COMPORTER COMME TELLE
Black Bomb A pourrait aujourd’hui parfaitement jouer la carte du groupe historique français, aligner les classiques, sortir un best-of tous les cinq ans et vivre confortablement sur ce que le passé a déjà construit.
Mais ce serait manifestement beaucoup trop tranquille.
À la place, ils continuent de tourner, d’écrire, de sortir de nouveaux morceaux et de défendre un metal qui reste viscéral, direct et profondément attaché à la scène.
Leur influence sur le metal français est désormais difficile à contester, et leur longévité raconte quelque chose d’assez précieux : la possibilité de durer sans forcément s’assagir. Leur site officiel les présente d’ailleurs aujourd’hui comme l’un des groupes les plus influents de l’histoire du metal français, avec une empreinte qui dépasse largement les frontières hexagonales.
Et si Unbuild The World a démontré quelque chose, c’est précisément cela.
Trente ans après les débuts, la bombe n’a toujours pas été désamorcée.
Quelqu’un a visiblement perdu le manuel.
Et nous, ça nous va très bien.
DES GROUPES. DES SCÈNES. DES RENCONTRES. ⚡ ET PARFOIS, DES CLAQUES ÉTERNELLES. 🖤🤘🏻
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