Actualité — 7 août 2026

ELECTRIC CALLBOY SORT TANZNEID

Le metal a-t-il encore besoin de choisir son camp ?

7 août 2026. Electric Callboy sort TANZNEID, et chez Studio Quarante-Deux, nous allons commencer par régler immédiatement un léger problème de déontologie journalistique : sur ce coup-là, notre objectivité est sérieusement compromise.

Sam et moi adorons Electric Callboy. Voilà, c’est dit. Le conflit d’intérêts peut tranquillement s’installer dans un coin avec une bière pendant que nous essayons malgré tout de parler musique sérieusement.

Parce que derrière les survêtements improbables, les chorégraphies, les perruques et cette aptitude fascinante à faire débarquer de l’électro au milieu d’un breakdown sans que personne ne songe à appeler les autorités, Electric Callboy est devenu bien plus qu’un groupe « fun ». Avec TANZNEID, les Allemands poursuivent aujourd’hui une évolution commencée depuis plusieurs années et assument plus que jamais cette identité hybride où metalcore, EDM, pop et culture club cohabitent sans demander l’autorisation à qui que ce soit. Le groupe présente d’ailleurs lui-même ce nouvel album comme son projet le plus ambitieux, nourri notamment par les années de tournées et par cette relation particulière qu’il entretient avec son public.

Tekkno avait trouvé la formule, TANZNEID refuse de la ranger

Pour comprendre ce que représente ce nouvel album, il faut forcément revenir à Tekkno, sorti en 2022. Electric Callboy n’avait alors pas simplement aligné une collection de morceaux suffisamment efficaces pour transformer une fosse en salle d’aérobic sous amphétamines, le groupe avait surtout réussi à trouver un équilibre particulièrement difficile à tenir : manier l’humour sans transformer sa musique en plaisanterie, devenir accessible à un public beaucoup plus large sans perdre la puissance de son metalcore et conserver toute sa lourdeur sans céder à cette étrange obligation qu’a parfois le metal de se prendre terriblement au sérieux.

C’est probablement l’une des grandes forces d’Electric Callboy. Derrière les clips qui donnent régulièrement l’impression qu’une réunion de production a sérieusement dérapé, il y a des musiciens qui savent parfaitement ce qu’ils font. L’autodérision n’efface jamais la musique, elle en fait partie, et ce qui pourrait facilement devenir un gigantesque bazar sonore repose en réalité sur une écriture particulièrement maîtrisée.

Depuis Tekkno, la machine a pris des proportions considérables. Des titres comme Everytime We Touch ou RATATATA, enregistré avec BABYMETAL, ont participé à propulser encore davantage le groupe à l’international, tandis que les tournées ont installé Electric Callboy dans une autre dimension. Le groupe rappelle lui-même que ses morceaux cumulent désormais des centaines de millions d’écoutes et de vues, avec un succès qui dépasse très largement les frontières de la scène metal européenne.

On aurait donc pu imaginer qu’après une telle ascension, Electric Callboy chercherait à devenir un peu plus sage, à polir les angles et à protéger soigneusement la formule qui fonctionne.

Manifestement, personne ne leur a transmis le mémo.

Bienvenue sur la piste de danse. Le pit est juste à côté.

Le titre TANZNEID annonce déjà assez bien la couleur et l’album poursuit cette étrange entreprise qui consiste à rendre progressivement impossible la distinction entre une fosse de concert et un dancefloor. Electric Callboy ne juxtapose plus vraiment ses influences comme il pouvait le faire auparavant : aujourd’hui, elles semblent avoir fusionné au point de constituer un langage musical qui lui appartient pleinement.

Metalcore, musique électronique, refrains pop, passages franchement orientés club et explosions beaucoup plus lourdes se répondent désormais avec une facilité qui aurait pu sembler complètement improbable quelques années auparavant. La tracklist illustre parfaitement cette absence de complexes avec, entre autres, RATATATA avec BABYMETAL, Let The Good Times Roll avec The Offspring, Hypercharged, Elevator Operator, Revery ou encore leur reprise de Still Waiting de Sum 41 avec Frank Zummo.

Et c’est probablement là que se situe l’évolution la plus intéressante du groupe. Electric Callboy ne donne plus vraiment l’impression de vouloir fusionner plusieurs genres pour provoquer la surprise, parce que cette fusion est devenue son genre. On reconnaît aujourd’hui leur patte en quelques secondes, ce qui est tout de même assez remarquable pour une formation dont le principe semble parfois consister à jeter simultanément quinze idées dans un mixeur et à regarder lesquelles survivent.

« Mais est-ce encore du metal ? »

La question finira évidemment par revenir, parce qu’elle revient systématiquement dès qu’un groupe commence à déplacer quelques meubles dans la grande maison du metal.

On pourrait donc passer plusieurs paragraphes à déterminer précisément le pourcentage réglementaire de guitares saturées nécessaire pour conserver son permis de métalleux, mais nous avons malheureusement des choses plus intéressantes à faire.

Electric Callboy appartient à cette génération d’artistes qui semble avoir compris que les frontières musicales deviennent beaucoup plus intéressantes lorsqu’on cesse de les considérer comme infranchissables. Pourquoi faudrait-il choisir entre un kick électronique et une double pédale, entre un refrain pop et un scream, ou entre une production capable de faire sauter une salle de metal et quelque chose qui pourrait parfaitement provoquer un accident diplomatique dans une boîte de nuit ?

Le groupe prend tout, mélange généreusement et range éventuellement après. Ce qui pourrait passer pour une joyeuse anarchie est pourtant beaucoup plus construit qu’il n’y paraît : les ruptures sont calculées, les refrains sont conçus pour rester en tête, les contrastes renforcent la violence des passages lourds et l’esthétique volontairement outrancière fonctionne précisément parce qu’elle repose désormais sur une identité musicale suffisamment solide.

Dans sa critique de TANZNEID, Metal Hammer considère d’ailleurs que l’album tient davantage de l’aboutissement de la période ouverte avec Tekkno que d’une nouvelle révolution stylistique. Le disque consolide ce qu’Electric Callboy a construit ces dernières années, tout en explorant quelques territoires différents et parfois plus lourds.

Et finalement, pourquoi faudrait-il absolument se réinventer lorsqu’on vient tout juste de réussir à inventer son propre terrain de jeu ?

Derrière les perruques, une redoutable machine de live

C’est probablement ici que notre objectivité déjà chancelante décide définitivement d’aller prendre l’air, parce que lorsqu’on aime Electric Callboy, il devient difficile de séparer complètement les morceaux de ce qu’ils sont capables de provoquer sur scène.

La musique du groupe semble pensée pour le collectif. Elle fonctionne dans les écouteurs, évidemment, mais prend une tout autre dimension lorsqu’un refrain est repris par plusieurs milliers de personnes, qu’un breakdown fait bouger une fosse entière ou qu’une salle accepte collectivement de participer à une chorégraphie qu’elle aurait probablement refusé d’effectuer dans absolument n’importe quelle autre circonstance.

Cette dimension n’est d’ailleurs pas étrangère à la conception de TANZNEID. Electric Callboy explique que l’album a notamment été façonné par les années passées sur les routes et par la connexion développée avec son public, une relation qui semble désormais faire partie intégrante de son identité.

Et derrière tout le décorum, le groupe a surtout réussi quelque chose que l’on sous-estime parfois : faire du plaisir une proposition artistique parfaitement crédible. Il ne s’agit pas de « plaisir coupable », expression qui sous-entendrait qu’il faudrait presque s’excuser d’aimer quelque chose d’immédiat ou de drôle, mais simplement du plaisir musical, celui d’un refrain énorme, d’une rupture qui arrive exactement au bon moment et d’une salle entière qui cesse pendant quelques minutes de se demander si elle a l’air suffisamment sérieuse.

Il faut reconnaître que dans un univers musical qui peut parfois consacrer beaucoup d’énergie à démontrer à quel point il est sombre, torturé et inaccessible au commun des mortels, voir six Allemands débarquer avec des moustaches, des couleurs douteuses et des breakdowns monstrueux possède quelque chose d’assez rafraîchissant.

TANZNEID n’a peut-être pas besoin d’être une révolution

C’est finalement ce qui nous plaît dans cette sortie. Electric Callboy n’a plus grand-chose à prouver concernant sa capacité à surprendre et semble aujourd’hui davantage occupé à explorer jusqu’où peut aller l’univers qu’il a construit.

TANZNEID ne cherche donc pas à détruire Tekkno pour rebâtir autre chose sur ses ruines. Il reprend une identité désormais solidement installée, l’élargit, la muscle, lui donne encore davantage envie de danser et continue à jouer avec cette frontière délicieusement bancale entre metalcore et musique électronique.

Est-ce que tout le monde aimera ? Certainement pas, et tant mieux. Une musique capable de rassembler absolument tout le monde finirait probablement par devenir terriblement ennuyeuse.

Chez Studio Quarante-Deux, en revanche, nous savons déjà de quel côté de la barrière nous nous trouvons. Sam et moi suivons Electric Callboy depuis suffisamment longtemps pour avoir vu cette joyeuse anomalie musicale prendre progressivement une ampleur assez phénoménale, sans perdre ce qui nous avait séduits au départ : cette capacité à envoyer quelque chose de réellement lourd tout en refusant obstinément de considérer qu’un concert de metal devrait nécessairement ressembler à une réunion particulièrement grave du conseil d’administration.

Et peut-être que c’est finalement cela qui rend Electric Callboy aussi attachant. Derrière le spectacle, l’humour et l’exubérance, le groupe rappelle quelque chose d’extrêmement simple que l’on oublie parfois lorsque l’on analyse trop la musique : nous allons aussi aux concerts pour passer un putain de bon moment.

Alors non, TANZNEID n’est peut-être pas la révolution que certains attendaient, mais il ressemble furieusement à un groupe qui sait enfin exactement ce qu’il est et qui n’a plus aucune raison de demander la permission de l’être.

Et chez nous, le programme de ce soir vient manifestement de se simplifier : on monte le volume et on laisse Electric Callboy s’occuper du reste.

DES GROUPES. DES SCÈNES. DES RENCONTRES. ⚡ ET PARFOIS, DES RIFF QUI FONT DANSER.

Studio Quarante-Deux, 7 août 2026. 🖤🤘🏻

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